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Bégaiement, rire nerveux, silence, re-bégaiement, silence. Malaise général. — Mes enfants, je suis épuisée. Je vous souhaite une bonne nuit. De ma chambre, j’entendais presque tout ce qui se pas- sait en bas. Débats, cris, pleurs, je n’en ai pas manqué une miette. Ces bougres d’ânes ont gobé mes sottises comme paroles d’évangile. Bonjour l’ambiance, le lendemain matin et les trois jours qui ont suivi ! Marie-Ange et ma petite-fille Corinne ont bien essayé de revenir avec moi sur le sujet, mais j’ai fait mine de ne pas comprendre de quoi elles parlaient. Est-ce que j’ai dépassé les bornes sur ce coup-là ? Cer- tainement. Est-ce que je le regrette ? Certainement pas. Tout compte fait, le séjour est passé plus vite que je ne le pensais. Bon, ce n’est pas tout ça, mais je ferais mieux de me pré- parer. Marie-Ange, Rose et Hervé ne devraient plus tarder. Nous allons prendre le goûter chez Bernachon. Si Hervé est gentil aujourd’hui, je lui dirais peut-être que j’ai raconté n’importe quoi. Mais, pour l’heure, je vais leur faire « le coup de la Fer- nande », du nom de la vieille qui nous l’a fait deux fois le mois dernier. Malheureusement pour elle, elle ne le fait pas exprès. J’imagine la scène, et je ris toute seule. Mes trois enfants attablés dans le très chic salon de thé du 6 e arrondissement. J’enlève mon manteau et oh ! zut alors ! Mamie Jeanne est en collant, elle a oublié de mettre sa jupe. Je vais leur fiche une de ces hontes. Ce petit tour sera au moins aussi délicieux que les gourmandises que je vais engloutir.

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